La trilogie Sebastián Dun
OGRE N°18 – Ricardo Colautti
La Trilogie Sebastián Dun
Traduit par Guillaume Contré
Préface de Guillaume Contré
jeudi 18 mai 2017
Taille : 140/185 mm – 192p. – 21€
ISBN : 979-10-93606-59-0
Les trois courts romans qui composent l'intégralité de l'œuvre de Ricardo Colautti, Sebastián Dun, La Conspiration des concierges et Imagineta, ont été travaillés pendant plus de 25 ans avec une lenteur maniaque, comme si, au lieu d’écrire, Colautti avait manipulé une charge explosive que n’importe quelle inconséquence pouvait faire exploser. Au cours de ces récits, qui s’inscrivent indubitablement dans une tradition kafkaïenne, nous suivons la fugue picaresque de Sebastián Dun, antihéros se débattant dans un monde marginal, étouffant, aux lisières de la loi, peuplé de magouilleurs, de profiteurs et de tire-au-flanc. Le réalisme étrange de sa langue à la fois dense et très accessible jette le lecteur dans un univers jubilatoire, plein de délire, de violence et d'imagination.
« (…) une surprenante trilogie auto-suffisante dont l'évolution esthétique semble répondre à une logique implacable. » Guillaume Contré
« Une tornade littéraire, (…) c'est inexplicable et fantastique. » El Cronista comercial, Buenos Aires, 11 mars 1977, L.S.C
PRESSE
Blogs
« La Trilogie Sebastian Dun », par Sonia, Un dernier livre avant la fin du monde, le 12 août 2017
Écriture minutieuse voire maniaque, envolées lyriques savamment entrecoupées d’épisodes saccadés, aucune phrase ne dépasse et les étranges, inclassables aventures picaresques du héros ne sauraient prendre une ligne supplémentaire.
« Note de lecture : La Trilogie Sebastian Dun (Ricardo Colautti)« , par Hugues Robert, Charybde 27 : le Blog, le 30 mai 2017
L’étrange fuite en avant d’un mauvais garçon argentin, moitié follement rêvée, moitié terriblement réaliste. Hors des courants et magnifique.
Sous les ressorts faussement décharnés d’une langue prétendument simple, Ricardo Colautti joue en catimini les artificiers de génie.
Journaux
« Ricardo Colautti, créateur d'images », par Christian Galdon, En attendant Nadeau, le 21 août 2017
Trente ans après sa dernière publication en espagnol, on peut se réjouir en français de l’écriture « électrisée » d’un des grands oubliés de la littérature latino-américaine. Ne laissons pas passer l’occasion. »
« Ricardo Colautti, Dieu reconnaîtra les chiens », par Mathieu Lindon, Libération, le 19 mai 2017
Sebastian Dun, le narrateur de chacun des brefs textes de cette brève trilogie, n’a pas l’air d’avoir toute sa tête. Ou, plutôt, il écrit au plus près de ses pensées qui s’entrechoquent, se métamorphosent, telles des pensées, si bien qu’on ne sait jamais précisément dans quel avatar on est. Il y a une sorte d’ubiquité permanente, dans le temps, dans l’espace, entre l’humanité et l’animalité, la réalité et l’imagination. C’est Sebastian Dun qui donne le meilleur portrait de lui-même : Parfois, j’ai l’impression que ma pensée est à l’intérieur d’une boule à facettes, que j’y suis moi aussi et ne peux pas en sortir.
Radios
« Paludes 835 », par Nikola Delescluse, Blog.paludes.fr, 19 mai 2017
Des textes qui sont marqués par leur énergie.
C'est toute la société Argentine qui est dépeinte, avec des couleurs particulièrement sombres.
Coup de coeur libraires
Librairie Au Brouillon de culture
Écrivain argentin injustement méconnu en France, Ricardo Colautti est entre autres l'inspirateur du génialissime Pablo Katchadjian, auteur de Merci et Quoi faire.
Derrière la forme classique du roman d'apprentissage ici employée se cache une narration frénétique qui va se jouer du réel au fil des pages.
EXTRAIT
« Je ne pouvais pas trouver de travail. Invariablement, on me demandait : « Que savez‑vous faire ? ». C’était la question sans issue. Venaient ensuite l’éternelle grimace et la fameuse phrase : « Je suis désolé, mais nous cherchons des gens avec de l’expérience. » Je retournais à l’appartement écouter les pleurs d’Eugenia.
Nous passâmes trois mois de la sorte. Un jour, Eugenia me dit que ses parents souhaitaient nous voir vivre avec eux et que le père allait me donner du travail. Le soir même, nous nous rendîmes à la maison de sa famille. Tandis que nous mangions, mon beau‑père me dit : « Demain, allez voir mon fils Daniel, vous pourrez ainsi vous mettre d’accord sur le travail que vous exercerez et », souligna‑t‑il en riant, « sur votre salaire également ».
Le matin suivant j’allai discuter avec Daniel, qui avait une tête de poisson. La même tête que celle des poissons dans un aquarium : difforme, inquiète, curieuse ; les yeux très grands dont les extrémités pointent vers le bas, la lèvre inférieure tombante et la tête en forme de zeppelin comme si on l’avait tiré d’une matrice ovoïde. Le père d’Eugenia possédait des terres et Daniel se chargeait d’administrer l’une d’entre elles ; dans le même local où il travaillait, il vendait des machines agricoles.
Daniel, suffisant, me dit : « Il y a beaucoup à apprendre ici, c’est pourquoi tu te consacreras pour le moment à l’observation, à tout bien assimiler. » Je lui demandai de me confier une tâche concrète, mais il refusa. « Apprends, apprends », insista‑t‑il. Le travail de ne pas travailler, pensai‑je.
Au début, je déambulais désorienté dans le local de vente. Je marchais parmi les colonnes en regardant avec curiosité les tracteurs, les moissonneuses, les treillages, les charrues, les employés enfoncés dans leurs bureaux surveillant l’heure du coin de l’œil. « N’arrive pas en retard, tu dois être le premier sur place », m’avait dit mon beau‑frère, mais il ne m’avait pas donné de travail.
Chaque minute un siècle à l’écoute du couinement de mes pas sur le vieux plancher, sans rien avoir à faire de 7 heures du matin à 5 heures du soir, marchant et furetant, ne disposant même pas d’un bureau. Des semaines sans rien faire. Et un jour, soudain, violemment, la pelote de mes nerfs se désembobina d’un coup ; j’attrapai un ventilateur à côté de moi et le jetai avec force contre une paroi en verre.
Je vis la tête de mon beau‑frère surgir par‑dessus la balustrade du premier étage, il me regardait ahuri comme si je venais de profaner un autel.
Je sortis en courant dans la rue, traversai la Plaza de Mayo en répandant aux quatre vents des pigeons effrayés, et ne m’arrêtai pas avant d’être arrivé à la maison de mes parents. Je ne trouvai personne et me rendis alors à celle de mes beaux‑parents. Je fis part de l’étendue de mon désespoir à Eugenia, qui m’écouta sans dire un mot.
Ce soir‑là, Daniel m’annonça que dorénavant Eugenia et moi irions vivre seuls dans un autre appartement, qu’ils continueraient de me donner un salaire, plus gros que le précédent, mais à condition que je ne vienne plus travailler. »









































