Ravive
OGRE N°15 – Romain Verger
Un homme, venu se ressourcer près de la mer, revit un épisode effrayant de son enfance. Un autre prend la route du Nouveau-Mexique pour rejoindre les hommes-soleil. Un vacancier assiste à d’étranges disparitions sur une plage bretonne. Un professeur en congé pour préparer un concours sombre dans la folie et se livre à tous les excès dans un Paris halluciné. Et si pour survivre à nos angoisses et à ce que nous avons fait du monde, nous devions aller au bout de notre humanité et renaître ? En perpétuel équilibre entre le grotesque et l’horreur, Romain Verger propose avec Ravive neuf récits ciselés comme autant d’explorations de la fin d’un monde, le nôtre, et du début d’un nouveau.
Ravive peut se lire à la fois comme un recueil de nouvelles ou comme les expériences et les fictions d’un écrivain aux prises avec ses angoisses et son sentiment de perdition.
Neuf nouvelles, neuf hommes en situation de basculement, qui peuvent rappeler ce que Nietzsche dit du dernier homme, le plus méprisable, et du surhomme. Ces textes évoquent ces états-là, qui sont tout à la fois inhérents aux personnages et à cette menace sourde qui pèse sur eux, qu’elle soit d’ordre écologique, organique ou psychique.
PRESSE
Journaux
« Littérature des monstres : Ravive de Romain Verger » de Jean-Philippe Cazier, Diacritik, 27 janvier 2017
Si le livre de Romain Verger s’enfonce dans le fantastique et le surnaturel, ce serait moins pour nous proposer une évasion facile hors du monde que parce qu’il s’enracine dans une problématisation du monde et de la nature, une problématisation des facultés, de la raison et du sens et que, par cette problématisation, y sont surtout perçus la nuit du monde, son obscurité et son chaos, toutes les forces et pulsions qui existent autant en nous qu’au dehors de nous et qui forment les matières et vitesses d’un autre du monde dans notre monde. C’est à cet envers du monde qu’il est ici donné vie, le monstre du monde qu’est sa vie.
« Ravive », par François Perrin, le Focus du Vif/L'Express, 16 décembre 2016
C'est beau au-delà du vraisemblable, puissant à en ressortir comme enivré (…). Comme dans une extase de Robert Alexis ou une crise paranoïaque de Roland Topor, Verger renvoie la chair au rang de matière à boucherie, d'une plume qu'il apparaîtrait impardonnable de choisir d'ignorer.
« Entre deux mondes », par Véronique Rossignol, Livres-Hebdo, 14 octobre 2016
Romain Verger explore les cavités obscures du réel.
Le réel qui déraille, le normal qui mute, Romain Verger a fait de la métamorphose son territoire littéraire. On précisera un peu vite que ses textes entrent plutôt dans la catégorie de la littérature fantastique, que son univers fictionnel est sombre et angoissé, que sa langue très ouvragée est fortement marquée par la poésie, forme qu’il a privilégiée pendant une dizaine d’années avant de publier en 2006, à 33 ans, Zones sensibles chez Quidam. La bifurcation d’un poème en roman : c’est ainsi qu’il définit ce premier roman à la structure éclatée. J’avais constaté que ma poésie devenait de plus en plus narrative. Et le revoici quatre romans plus tard avec un recueil de neuf nouvelles. Mais, à y regarder de plus près, même si certains motifs – l’océan, la nature primitive comme dans Forêts noires (Quidam, 2010), la figure polymorphe du monstre… – hantent ses histoires, il serait réducteur d’enfermer Romain Verger dans la littérature de genre. C’est plus largement la question de l’imaginaire, des frontières du rêve et du fantasme, de la distorsion de la réalité, qui le travaille, depuis un doctorat consacré à l’écriture onirique chez Michaux dont il a tiré un essai Onirocosmos (Presses Sorbonne nouvelle, 2004).
Libraire d’un soir
Loin en apparence des personnages de ses livres, l’écrivain est, au quotidien, solidement ancré dans le concret. Professeur de lettres, il enseigne dans un lycée des Yvelines après avoir exercé longtemps en collège. Un prof était d’ailleurs le narrateur de son premier roman, et l’on retrouve dix ans plus tard un enseignant en congé formation dans « L’année sabbatique », l’une des nouvelles de Ravive. Bien sûr, dans les deux cas leur monde bascule, s’enfonce dans l’étrangeté. Parmi ses sources d’inspiration, l’écrivain évoque aussi une expérience fondatrice qui l’a beaucoup remué : la visite privée qu’il a eu le privilège de faire à la grotte Chauvet en 2005. Elle est au cœur de Grande Ourse (Quidam, 2007), incarnée dans un personnage d’artiste du paléolithique.
Romain Verger constate qu’il écrit finalement peu, sans régularité, et lit beaucoup, en dépit de son métier chronophage. Mais que l’équilibre qu’il a trouvé entre enseignement et écriture lui convient bien. Ecrire est un lent processus d’élucidation, de maturation, de transformation continue. Il faut le temps que ça prenne corps. Sur Membrane, le blog omniperméable et photosensible qu’il alimente à un rythme tout aussi aléatoire, il expose les œuvres de photographes qui l’intéressent, publie des critiques sur les livres des autres. Ceux qu’il a aimés, souvent publiés comme lui par des petites maisons indépendantes. Ce passeur, à qui il est arrivé de s’improviser libraire d’un soir lors des soirées organisées par la librairie parisienne Charybde où il fêtera le 20 octobre la sortie de son livre, a le goût du partage : On a tous besoin de se soutenir et je trouve naturel et sain que les choses circulent dans tous les sens.
PRESSE
Blogs
« Romain Verger – Ravive », par Marc Villemain, marc villemain, 5 avril 2017
Romain Verger ou le moderne intempestif
« Ravive de Romain Verger : quand l'humain recule en soi », par Julia Montauk, Addict-Culture, 10 février 2017
Au-delà de la beauté, c’est le sublime, dans ce qu’il a de rude et de négligé, que nous offre Romain Verger avec Ravive. Edmund Burke, dans sa Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau (1757), affirme que tout ce qui est propre à exciter les idées de la douleur et du danger, c’est-à- dire toute ce qui est en quelque sorte terrible, tout ce qui traite d’objets terribles, tout ce qui agit d’une manière analogue à la terreur, est une source du sublime ; ou, si l’on veut, peut susciter la plus forte émotion que l’âme soit capable de sentir.
Chez Romain Verger, le réel se tord pour que s’enracine le rêve dans un chant crépusculaire. Et c’est là que surgit l’invitation radicale : celle de plonger dans Ravive avec langueur et docilité pour, enfin, se laisser malmener par ce bijou, sombre et brillant.
« Deux beautés chez l'Ogre », par Ashoma, Le blog du Visage vert, 14 décembre 2016
(…) le recueil explore les recoins monstrueux de l’âme et du corps humains avec l’ardeur verbale et dévorante que l’on connaît à Romain Verger. Les poupées suintent, les corps se cousent et les oisillons meurent sous les talons du conte.
« Entretien avec Romain Verger », par Hédia Zaalouni, Sonia Carré et Lou Darsan, Un dernier livre avant la fin du monde, 1er décembre 2016
[I]l y a d’autres gestes sous les gestes, d’autres paroles sous les paroles, d’autres visages derrière les visages, d’autres montagnes contenues dans les montagnes et d’autres mers sous la surface des mers… Alors oui, c’est peut-être en s’acharnant à scruter l’apparente banalité des choses et des événements, à les embrasser totalement d’abord, et exclusivement, en se collant de toutes ses forces à la peau du réel que l’on s’aperçoit que cette peau n’a rien de lisse, qu’elle est fragile comme celle du lait et qu’elle peut à tout moment se déchirer et ouvrir sur une autre réalité, infiniment plus sombre et inquiétante.
« Ravive (Romain Verger) », par Lucien Raphmaj, Latérature, 26 novembre 2016
Ravive, un monstre littéraire éblouissant de noirceur
« Ravive », par Jacques Josse, remue.net, 16 novembre 2016
Sa prose éclatante, dense et riche, est celle d’un styliste qui tient son texte de façon imparable.
« Renouveau du fantastique », par Sophie Ehrsam, En attendant Nadeau, 22 novembre 2016
La langue « organique » de Verger, concentrée par le format de la nouvelle, mise au service du monstrueux, cherche à nommer l’innommable : une tâche éminemment poétique.
« Romain Verger – Ravive », par Sonia, Un dernier livre avant la fin du monde, 28 octobre 2016
Le lecteur marche sur un fil tendu entre le tourbillon de l’angoisse fantastique et celle plus intime de l’auto-fiction.
« A M O U R 2.0 », par Antoine Bréa, BREA, 1er octobre 2016
Ravive est un recueil de nouvelles, et il faut savoir gré à Romain Verger de renouer avec le genre de la nouvelle, cette vieille forme bien délaissée par les écrivains français contemporains
(…) qui a déjà lu Romain Verger ne sera pas surpris de voir que la terreur, le monstrueux, parfois même le grotesque, le fantastique et jusqu'au post-exotique, imprègnent l'un ou l'autre de ses neufs curieux récits.
« Sanglants désordres », par Jean-Pierre Longre, Le blog de Jean-Pierre Longre, 5 octobre 2016
L’écriture de Romain Verger, qui tend des pièges surprenants ou effrayants à chaque coin de phrase, qui exploite toute la gamme du lexique et toutes les possibilités de la syntaxe, ne laisse pas en paix. Une écriture à la fois grouillante et maîtrisée, en courbes baroques et en lames aiguisées, acharnée au combat de la création contre l’anéantissement.
« Note de lecture : Ravive (Romain Verger) », par Hugues Robert, Charybde 27 : Le Blog, 2 octobre 2016
L’écriture a gagné ici, de manière spectaculaire, une puissance et une concision rares, pour atteindre une densité poétique frémissante et hirsute, diaboliquement belle et tout aussi déstabilisante.
EXTRAIT
Tu es allé jusqu'à la côte en la protégeant du vent et tu as longé la plage par les prés sablés. L'océan fulminait sous l'orbite tournoyante du phare, se bosselait et se déchirait par moments, puis l'écume se recousait, s'incrémentait de noir et se ramassait pour mieux mordre les dunes. Tu la regardais, t'emplissant de ces sourires dont se fendait son corps tourmenté comme la mer. Tu lui offrais son premier bain d'embruns, tu la présentais au baptême de la lune, à la bénédiction des étoiles mortes et toujours scintillantes. Tu as cheminé longtemps dans la nuit jusqu'aux pentes crayeuses qui mènent aux falaises. Sous la lune, la mer formait un paysage de collines d'un noir laqué qui houlaient d'abord lentement, de leur dos large et bossu, s'empaumaient et s'amalgamaient en montagnes de plomb avant de s'éventrer sur la pierre et vous couvrir de leurs entrailles blanches. Tu marchais en la serrant contre toi, et tu sentais ses griffes s'enfoncer dans ta poitrine, et son cœur battre contre le tien au rythme du tapage, écume et embruns moussant entre vous, ses sourires s'épanouir à chaque nouveau coup de boutoir dont l'océan frappait la roche. Elle s'était soudée à toi, son abdomen moulé sur le tien, si bien que tu craignais qu'en la détachant de toi, elle ne se vide à tes pieds. Tu ne pensais qu'à en finir, à ramasser une pierre sur le bord du chemin et lui fracasser la tête d'un coup sec. Mais tu te retenais, parce que tu savais lui devoir cette part d'humanité que tu t'étais accaparée à ses dépens. Quand tu es parvenu tout là-haut, tu as fait quelques pas et regardé le travail de la mer en contrebas. Entre deux paquets d'eau noire, la masse liquide se rétractait dans un râle crépitant de pierres pilées, puis tout se taisait un court instant, comme expirant dans un bouillonnement de ventraille, avant qu'une nouvelle vague engrossée par les précédentes ne vienne frapper à ton oreille : « fais-le, débarrasse-nous de cette saloperie, de cette petite peste qui se goinfrait de ton sang pour nourrir mon ratage, délivre-nous de ce que j'ai fait. » Alors tu l'as dégagée de ta poitrine et tendue à bout de bras. Son corps désarticulé a dessiné une pitoyable étoile dans le clair de lune, aux branches tordues et brisées dont elle battait bêtement l'air comme pour s'y fixer. Puis tu l'as jetée loin dans la nuit, elle est tombée comme un plomb sans faire le moindre bruit, et tu l'as vue réapparaître tout en bas, rouler dans les galets et accrocher les algues, aspirée vers le large par le puissant tirant d'eau, remonter le reflux puis le creux de la vague, plus haut et tenir plus longtemps que tu n'en as jamais été capable sur ta planche, glisser sur la crête ourlée d'écume en l'effrangeant de ses os brisés. Alors la vague s'est cassée, claquant la falaise du plat de son immense main noire. Et petit à petit, lame après lame, morceau par morceau drossé, battu et fracassé, éclat après éclat, elle a disparu.









































